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La fabrication et l'histoire du béret basque

Publié le : 20/03/2019 10:15:30
Catégories : Béret basque

Essayons de chercher la définition du Béret Basque

Je ne vous ferai pas l'affront de vous demander si vous savez ce qu'est un béret.

Vous me répondriez en souriant : "Un béret basque, bien évidemment...tout le monde en porte !" Tout le monde, n'est jamais qu'une expression. Mais en vérité, le béret est depuis fort longtemps sorti de sa province natale pour coiffer quelque peu la Russie, les deux Amériques, l'Afrique noire et même l'Asie.

Ce n'est pas, comme on pourrait le croire parce que les émigrés le portent, non : Il y est vendu et acheté par les gens du pays dont les commerces s'approvisionnent normalement auprès des fabricants pyrénéens.

Cela ne vous donne pas une définition ? Qu'à cela ne tienne :

Le "Petit Larousse Illustré" vous dira que c'est une "espèce de toque ronde et plate que portent notamment les basques, et les chasseurs alpins. béret chasseur alpin

L'auteur n'a pas eu grand-peine à trouver son explication, il s'est contenté de reprendre celle de Littré : "Toque de laine ronde et plate qui sert de coiffure aux paysans basques". Entre les deux appréciations, il n'y a qu'une restriction, "l'espèce" et un "élargissement" qui n'est pas celui de la taille mais de l'expansion géographique, des Pyrénées jusq'aux Alpes...

L'homme au béret PICASSO

Ce n'est pas suffisant ? Au tour du "Larousse Universel" qui doit être plus complet : "Le béret est une espèce de toque ronde et plate...Précisant ..que portent les béarnais, les basques, certains militaires et les enfants"

Si l'Universel Larousse a placé dans son énumération le béarnais en premier, il y a peut-être bien une raison ?? Hé oui le mot"béret" est un mot béarnais !

Demandez en effet à un basque comment il appelle cette sorte de toque ronde et plate qui le coiffe !

Il vous répondra : La Boneta, son voisin d'Espagne : La Boîna, interrogez un gascon : Lou Bounet.

Est ce bien nécessaire de traduire ? La prononciation de ces mots est explicite : Boîna, boneta, bounet c'est simplement "le bonnet", au même titre qu'il y a le bonnet égyptien, phrygien, catalan etc...Mais ce n'est pas un BÉRET ! Car entre le béret et le bonnet il y a une différence fondamentale : L'un est en étoffe, l'autre est en tricot...

Qu'en pensent les Béarnais ?

L'une des personnalités les plus autorisées du felibrige béarnais, Simin Palay, a publié en 1932 un "dictionnaire du Béarnais et du Gascon moderne".

Nous y lisons : BERRET, coiffure du béarnais, du basque et du gascon. Et si l'on cherche le mot Bounet, nous pouvons lire :BONNET, coiffure le plus souvent d'étoffe.

Mais dans "le dictionnaire Béarnais ancien moderne" de Lespy (1887) on découvre : BERRET, coiffure des béarnais et des basques, généralement de couleur bleue ou marron foncé. Le mot bounet n'y figure que dans l'expression Bounet de curé.

On remarque que Lespy et Palay écrivent BERRET sans accent mais avec deux R. Alors faisons un peu d'éthymologie

BERRET, mot béarnais, ne s'est introduit dans le vocabulaire français courant du 19ème siècle. Il vient du mot Birrus ou birrum qui a donné en latin populaire berreta, berretum et birretum, désignant une pélerineà capuchon, de couleur brune.

Si l'on croit les "chroniques" le "biret" était ver l'an 1000, la coiffure que les clercs d'église avaient adoptée durant l'été pour se préserver contre les piqûres de moustiques et les agacements des mouches ! L'usage s'était répandu dans l'église pour les membres du clergé. Sa couleur était noire et comme il s'ajustait de façon étroite sur le crâne, comme la calotte, il paraissait mal commode de l'enlever rapidement quand le rituel l'exigeait. Alors s'introduisit l'habitude de ménager des plis pour faciliter la prise en main du béret. Les prêtres italiens avec trois coutures, eurent un béret triangulaire, tandis que les français, les espagnoles et les allemands ayant ajouré un pli de plus, obtinrent un béret carré. On l'orna d'une houppe de peluche en son mileu, et c'est ainsi que le béret rond de l'origine, devint la barrette carré.

Notons que Louis XI dont le bonnet plat s'ornait de médailles en plomb appelait son couvre-chef "la barette" et que les novices de la Compagnie de Jésus appellent "birette" la toque carrée dont ils se coiffent encore.

Il ne faut donc pas s'étonner si les ecclésiastiques modernes portent aujourd'hui l'un pour l'autre. Ils restent dans la famille puisque le béret et barrette sont frère et soeur, le birrum étant leur père commun.

Notons que Louis XI dont le bonnet plat s'ornait de médailles en plomb appelait son couvre-chef "la barette" et que les novices de la Compagnie de Jésus appellent "birette" la toque carrée dont ils se coiffent encore.béret

Il est suffisant d'admettre pour raisonnable que les romains conquérants, apportèrent avec lsur civilisation une mode de vie nouvelle, transformant progressivement celle des territoires occupés, aussi bien dans l'amélioration de l'habitat que dans la manière de se vêtir. Dès lors, le "birretum" a suivi une transformation pour désigner une pélerine à capuchon, puis le capuchon tout court, puis la coiffure qui a pris des aspects différents selon qu'elle était réservée aux clerc ou aux laïcs.

Les motifs de la transformations ? Les raisons ? Où aller les chercher ailleurs que dans cette évolution historique qui s'appelle la mode ?

Et pourquoi les paysans des montagnes n'auraient-ils pas donné à leur coiffure la forme devenue définitive, qui lui vaut la définition des dictionnaires d'aujourd'hui en imitant tout simplement la toque de leur Seigneur ou de leur Prince, puisqu'on découvre les premières traces vers le XVème siècle ?

Ce n'était pas tout à fait la toque, mais ce n'était déjà plus le birrum que portait Saint-Etienne. Cela ressemblait déjà au béret de nos jours...

Mais si la première évocation sculptée ou dessinée du béret remonte au XVème siècle, on ne trouve le mot écrit que vers le milieu du XVIème, dans un inventaire conservé par les archives de Bayonne "Ung berret negre a dus rebras". église de bellocq(bas relief église de Bellocq)

Ensuite on le découvrira plus souvent dans les textes. On lira en 1549, que le Roi de Navarre Antoine de Bourbon père du futur Henri IV a été reçu avec 2000 vassaux en berrets noir, tandis que les béarnais portaient des bérets rouge !

Au XVIIème siècle, Godefroy racontera dans le récit de ses voyages (1646) qu'en Armagnac le peuple porte des béretts et des capes. Les bérets sont des calottes grandes dont les hommes se couvrent la tête. Tricotées et foulées, bleu ou marron foncé.

D'origine pastorale ? Evidemment ! on sait que les bergers tricotaient eux-mêmes leurs guêtres (las causses) et leur béret.

Pour cela, il utilisaient 4 grossières aiguilles de buis, de 30 à 40 cm et d'un demi centimètre d'épaisseur. L'une des quatre était immobilisée par le coude et serait de pivot au travail de tricotage, le "Broucabou" du mot "broque" qui signifie aiguille à tricoter.

Une fois terminé, le futur béret ressemblait à un gros tas de laine qu'ils moulaient autour du genou pour arrondir les formes. Le tricot qui ressemblait alors à une large galette, était lavé, martelé "foulonné" dans une eau savonneuse et tiède pour faire disparaitre les mailles et obtenir ce feutage qui n'est autre que celui de la bure.

Les pasteurs tricotaient aussi chez eux, devant leur porte lorsque les troupeaux avaient regagné les pâturages. Cette activité fut à l'origine du premier nom de la rue : la "caussade" l'endroit où l'on fabrique les "causses" et par extension, le tricotage et la bonneterie. Les laines étaient lavées dans le gave tout proche, séchées au soleil. Il faut croire que cette fabrication était réputée puisqu'elle devait retenir l'attention du Parlement du Béarn et de Colbert, qui portait de l'intérêt au Pyrénées d'où l'on tirait les mâts pour la marine à voile. Il favorisa, di-on la fabrication de bonnets turcs !

Un béret et son cabillou !

Le cabillou petit morceau de laine qui dépasse sur le haut du béret est le point final que les spécialistes taillent à la main en arrondissant l'extrémité à une distance bien déterminée. C'est le premier soin du béarnais ou du basque qui se respecte de vérifier la "santé du cabillou".

l'INDUSTRIALISATION ET LA FABRICATION DU BÉRET

En 1810, deux Oloranais entreprirent de rassembler au pied de la "Caussade" la production familiale et artisanale des bergers en créant ainsi le premier complexe industriel du béret.

On installa progressivement des machines à main, et la découverte de l'électricité aidant, des machines automatiques. Mais la fabrication garda d'importantes phases manuelles, pour ne pas dire archaïques : Le remaillage, l'enformage, le grattage etc...

Aujourd'hui, plus de dix opérations sont nécessaires à la fabrication de la coiffure, après que la laine ait été filée pour être livrée aux "métiers"

A la conquête du monde...

C'est aux militaires que le béret doit son rayonnement mondial.

On sait par exemple que Murat coiffa sa garde personnelle d'un béret bleu orné d'un gland d'argent (1805) : Les archives du Béarn possèdent une lettre du Général Bosquet, originaire des Landes, qui réclamait à sa mère, des bérets, lors de la conquête d'Algérie (1831). Le béret est en train de conquérir le monde...

Nous voici en 1939 : Du nord au sud, de l'est au sud-ouest, la France est entourée de bérets : Bérets kaki des forteresses de la Ligne Maginot, larges bérets bleus des chasseurs alpins, bérets noirs des chausseurs Pyrénéens qui reprennent sans s'en douter la tradition des cantabres. Au gré des batailles il ira en Belgique, en Hollande, sur les champs de neige de Narvik et derrière les barbelés du grand Reich...

Dans la zone dite libre, il deviendra le signe distinctif de la Légion Française des Anciens Combattants, tandis qu'en zone interdite, dans l'Alsace occupée, il sera le ralliement des alsaciens fidèles à la patrie meurtrie, à tel point que les autorités allemandes le proscriront "parce qu'il rappelle trop le souvenir français, et qu'il ne donne pas l'air intelligent".

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